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Identification d’une sous-population de monocytes particulièrement impliquée dans l’hyperactivation du système immunitaire et de la réplication du VIH : Un espoir d’amélioration des traitements antiviraux pour les patients infectés par le virus du SIDA.

Figure 5


L’infection progressive par le VIH -virus qui infecte les lymphocytes T CD4+ et les détruit- et qui conduit au SIDA, est entretenue par une hyperactivation chronique du système immunitaire impliquant les cytokines inflammatoires dont le TNF alpha. Le TNF alpha agit directement sur la progression de l’infection en stimulant, via la voie NF kappaB, la réplication du VIH dans les lymphocytes T CD4+ infectés. Au niveau de l'intestin, ces lymphocytes en permanence activés par le voisinage des bactéries intestinales deviennent la cible de l'infection par le virus ce qui induit leur destruction. La paroi intestinale, fragilisée, laisse passer des produits bactériens comme le lipopolysaccharide (LPS) dans le sang. Ces produits bactériens induisent une hyperactivation du système immunitaire, avec la production de cytokines inflammatoires, qui à leur tour induisent davantage d'activation des lymphocytes T CD4, d'où un cercle vicieux difficile à contrôler par les antirétroviraux même quand ils sont efficaces sur la charge virale plasmatique.

Les travaux réalisés par l’équipe du Dr Anne Hosmalin de l’Institut Cochin en collaboration avec d'autres équipes de l'INSERM, de l'Institut Pasteur et de l'AP-HP, ont permis d’identifier des cellules responsables de la surproduction de TNF alpha en réponse au LPS. Une analyse comparative fine des différentes cellules myéloïdes productrices de cytokines inflammatoires en réponse au LPS a été réalisée chez des patients soit virémiques non traités (présence du virus dans le sang), soit soumis à un traitement antiviral (avec absence de virus dans le sang), ou chez des donneurs sains. Cette étude a montré qu'une petite population de monocytes, porteuse de la molécule M-DC8, était plus abondante chez ces patients, et qu'elle était la principale responsable de la production exagérée du TNF alpha en réponse au LPS. Les monocytes M-DC8+, déjà connus pour être impliqués dans les maladies inflammatoires chroniques dont la maladie de Crohn (inflammation chronique de l’intestin), pourraient donc être les acteurs principaux de l’hyperactivation du système immunitaire qui permet la progression de l’infection par le VIH.

Du fait du rôle prédominant des monocytes M-DC8+ dans l’hyperproduction de TNF alpha et de la progression de l’infection par le VIH, les auteurs de cette étude proposent que l'on pourrait améliorer les traitements antiviraux actuels par l’injection d’anticorps spécifiques des monocytes M-DC8+ conduisant à leur destruction. Cette approche permettrait de rompre le cercle vicieux de l’hyperactivation du système immunitaire alimentant la réplication virale et conduisant au SIDA.

Ces travaux ont été financés par l’ANRS, Sidaction, l’Inserm, la DHOS du Ministère de la Santé et le CNRS.

Charles-Antoine Dutertre, Sonia Amraoui, Annalisa DeRosa, Jean-Pierre Jourdain, Lene Vimeux, Matthieu Goguet, Séverine Degrelle, Vincent Feuillet, Anne-Sophie Liovat, Michaela Müller-Trütwin, Nipa Decroix, Christiane Deveau, Laurence Meyer, Cécile Goujard, Pierre Loulergue, Odile Launay, Yolande Richard, Anne Hosmalin.
Pivotal role of M-DC8+ monocytes from viremic HIV-infected patients in TNF alpha overproduction in response to microbial products.

Blood  2012(11) 2259-68

 Communiqué de presse de l'Inserm : 16 juillet 2012